L’homme des longues plaines

Il n’y a pas une « société » ou un peuple qui ne possède ses rites de passages ou ses rites initiatiques ; çà peut être la première clope, le baccalauréat, un perçage de nichons, de tétons, de lèvres, d’oreilles, un tatouage, la recherche d’un œuf sur une falaise, couper ou se faire couper des morceaux de soi, un saut en faux élastique de liane depuis une palombière spéciale Dodo, des cache-cache géants dans la forêt amazonienne, bref, faut que le truc fasse peur ou fasse mal de sorte que tu saches qui sont vraiment les tiens quand tu es dans la merde ou que tu deviennes vraiment un homme, un vrai, prêt à t’en sortir tout seul.(NDLR : Même si cela arrive, normalement, il est pas prévu que tu meurs lors de cette phase)

Je sais pas trop comment cela se passe, chez les autres vignerons, mais je suis sûr que c’est un peu pareil qu’ici. Dans la communauté des vendangeurs de la Péquélette, tu n’en es pas un tant que tu n’as pas accompli « les plaines ».

Les plaines, c’est cette parcelle, dont on te parle dès ton arrivée et dont on te dit qu’on la garde pour le dernier jour de sorte que tu sois bien prêt (plus mal au dos, coupures presque cicatrisées, etc.) et surtout que si jamais çà se passe mal, vu qu’on fini avec celle-là, tu pourras te reposer le lendemain. Plus les initiés t’en parlent, plus tu t’inquiètes. Eux, les patrons, les anciens, tous ceux qui l’ont déjà fait, çà les fait rire mais tu sens quand même qu’ils redoutent un peu l’épreuve.

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Des lignes sans fin de pieds qui dégueulent de raisins (parce que là-haut, c’est bizarre mais çà a pas coulé) au sein d’une mer de vigne dans laquelle on distingue même plus les parcelles. C’est le vertige, tu vois pas la fin du rang, tu prends une caisse tu remplis, tu la pousses, tu en prends une autre et tu recommences, pendant ce temps-là, y a le plus costaud chargé de ramener les caisses à la remorque et puis le patron qui fait la navette jusqu’au chai en quatrième vitesse pour décharger et égrapper afin que les caisses ne viennent pas à manquer au champs. Évidemment, il faut absolument tomber la parcelle dans la journée pour l’encuvage mais aussi la logistique alors on mange rapide sur place dans la bonne humeur et la convivialité.

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lesplaines4Et c’est ainsi que moi, Lionel M., premier du nom, je fus consacré homme des longues plaines ou vendangeur de la Péquélette en l’année 2013 même si, en fait, j’ai plus soulevé des caisses que coupé du raisin, mais çà faut pas trop le dire…

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